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Entretien avec Robert Platt, vice-doyen et directeur de l’École de santé des populations et de santé mondiale

La santé mondiale, le leadership et… John Candy
Image by Alex Tran.

Robert Platt (B. Sc. 1990, Ph. D.) a entrepris son mandat de vice-doyen et directeur de l’École de santĂ© des populations et de santĂ© mondiale en septembre dernier. Chercheur Ă  l’Institut de recherche du Centre universitaire de santĂ© Âé¶ąÉç depuis près de 30 ans, le professeur Platt s’intĂ©resse principalement aux mĂ©thodes de recherche en Ă©pidĂ©miologie. Depuis 2011, il occupe Ă©galement un poste Ă  l’Institut Lady Davis de recherches mĂ©dicales. Il est Ă©galement le premier titulaire de la Chaire Albert Boehringer (1er) en pharmacoĂ©pidĂ©miologie et professeur au DĂ©partement de pĂ©diatrie et au DĂ©partement d’épidĂ©miologie, de biostatistique et de santĂ© au travail.

Le magazine Focus s’est entretenu avec le Pr Platt de ses fonctions, de ses projets pour l’École et des perles de sagesse qui lui sont chères.

Vous avez été directeur par intérim de l’École de santé des populations et de santé mondiale d’avril à septembre 2019. Qu’est-ce que ça vous fait de reprendre ces fonctions?

C’est emballant! Aujourd’hui, le contexte est complètement différent. Lorsque j’ai pris ces fonctions à titre intérimaire, l’École était déjà en place, mais ses divers départements n’étaient pas encore reliés les uns aux autres. Elle a véritablement pris son envol sous la direction de Timothy Evans, M.D., premier directeur de l’École et vice-doyen après mon intérim. Le Dr Evans a unifié l’École et poursuivi son expansion, tout cela pendant la pandémie de COVID-19, période pour le moins houleuse en santé publique.

Depuis lors, les écueils se succèdent : il y a eu la crise budgétaire dans le monde universitaire, surtout au Québec, mais aussi la santé publique qui a été malmenée et la montée de la mésinformation, en particulier chez nos voisins du sud.

Selon moi, ces événements vont nous inciter à sortir du modèle académique classique. S’il y a une chose que j’ai apprise, c’est que la force d’une organisation, ce sont ses gens. Nous avons la chance de pouvoir compter sur un corps enseignant et des personnes étudiantes de haut niveau qui mènent des travaux de recherche importants. Et notre personnel administratif et de soutien est toujours là pour appuyer tout ce beau monde. Je suis donc emballé à l’idée de mettre davantage en lumière le travail de l’École auprès des publics externes et de la faire sortir des sentiers battus.

Quels sont vos grands axes d’action et vos priorités?

Notre culture doit aller au-delà des publications dans des revues scientifiques et valoriser aussi l’apport des chercheurs et chercheuses à la science et à la société. Ce que cela signifie, en clair, c’est que, tout en tenant compte de ce baromètre classique en sciences, nous devons également veiller à ce que nos découvertes scientifiques se reflètent dans les politiques publiques lorsque c’est pertinent et servent bien la société. Désireux de voir les résultats de recherche et les interventions se concrétiser dans la pratique, notre corps professoral collabore avec des organismes comme Santé Canada et, ici comme ailleurs dans le monde, tend la main aux administrations publiques et aux collectivités.

La mobilisation est pour moi la prioritĂ© des prioritĂ©s; je souhaite constituer des Ă©quipes multidisciplinaires et favoriser l’échange d’idĂ©es entre les dĂ©partements de l’École, mais aussi de l’extĂ©rieur. C’est pourquoi le nouveau Centre sur le changement climatique et la santĂ© Âé¶ąÉç, qui rassemble des chercheurs et chercheuses de diverses sphères de l’UniversitĂ©, des personnes Ă©tudiantes, des dĂ©cideurs et des citoyens, me tient particulièrement Ă  cĹ“ur. Il en va de mĂŞme du Laboratoire d’interventions promptes en rĂ©ponse Ă  une pandĂ©mie ou Ă  une situation d’urgence (PERL), au sein duquel collaborent chercheurs, dĂ©cideurs et citoyens.

Parmi les autres projets figure la mise sur pied d’un centre de données en santé mondiale. Les données sont partout dans notre vie. Et ce sont elles qui orientent nos décisions. Les méthodes de biostatistique et d’épidémiologie, ça nous connaît. Les chercheuses et chercheurs de l’École spécialisés en santé mondiale, en politiques publiques et dans d’autres domaines s’appuient tous et toutes sur des données pour améliorer la santé. Ce centre réunira chercheurs et décideurs qui, ensemble, veilleront à faire bon usage des données pour améliorer les politiques publiques.

De quoi aurez-vous besoin pour concrétiser vos projets pour l’École?

Notre corps professoral est excellent, mais nous devrons procéder à quelques embauches ciblées et avons besoin, notamment, de leaders interdisciplinaires. Certaines initiatives, comme le , pourraient nous aider à aller chercher ces talents. Il existe également des possibilités de chaires dotées dans ces domaines.

Par ailleurs, l’École est très bien placée pour organiser des sommets et des activités de sensibilisation afin de diffuser les résultats de la recherche auprès de publics d’ici et d’ailleurs dans le monde. Nos travaux, notamment sur les changements climatiques, débouchent souvent sur des connaissances susceptibles d’améliorer la santé et la qualité de vie. Mais la mise en œuvre de ces constats demande du temps et une véritable volonté d’agir. C’est pourquoi j’aimerais beaucoup constituer une équipe qui se consacrerait, justement, à cette mise en œuvre et se porterait à la rencontre des citoyens et citoyennes.

Je souhaite aussi faire de l’apprentissage par l’expérience la pierre angulaire de tous nos programmes de formation. Par exemple, les personnes étudiant dans notre programme de maîtrise en santé publique mettent leurs connaissances en pratique pour résoudre des problèmes concrets dans le cadre de leurs stages. À partir de l’année prochaine, notre programme de premier cycle donnera accès à des sessions à l’étranger sur des thèmes liés à la santé mondiale.

Quels sont les écueils qui se profilent, selon vous?

L’École a certainement un rôle à jouer pour restaurer la confiance à l’égard des communications en santé publique. La mésinformation, l’un des principaux chevaux de bataille du PERL, a des répercussions sociales non négligeables, notamment parce qu’elle provoque une baisse des taux de vaccination. Nous devons mieux nous outiller pour lutter contre la mésinformation, tout en envisageant la possibilité que les spécialistes en santé publique – qu’ils viennent d’une administration publique ou du milieu universitaire – puissent, bien malgré eux, alimenter cette mésinformation. Bref, nous devons apprendre à mieux communiquer.

Y a-t-il une citation qui vous inspire dans votre carrière?

Puisqu’on parle de communication, je crois bien connaître par cœur tout le scénario de Planes, Trains and Automobiles : ce film est un bijou d’humour et de finesse!

Et il y a aussi cette citation, qui accompagnait autrefois ma signature électronique et était affichée sur la porte de mon bureau : « En théorie, la théorie et la pratique, c’est pareil. En pratique, ce n’est pas vrai. » Elle me rappelle que mon travail de recherche, c’est essentiellement de la théorie, et que nous devons nous demander comment mettre en pratique ce que nous avons appris. Or, la pratique, c’est beaucoup plus compliqué.

Lire l'entretien en anglais : In conversation with Robert Platt, Associate Dean and Director, School of Population and Global Health

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